Solde : La nouvelle donne
Les soldes arrivent, et devraient relancer une consommation faiblarde, en ces temps de crise. Alors que près de la moitié des Français (47%)* ont restreint leurs dépenses de vêtements en 2010, le recours aux soldes est souvent vécu comme une obligation. L’habillement arrive en première position de ces achats malins: 75%* des achats concernent les habits. Aujourd’hui, les soldes sont plébiscités par l’ensemble de la population : les ménages les plus riches ou les plus fragiles y ont recours pratiquement dans les mêmes proportions.
Mais si les Français font des dépenses durant les soldes, ils consomment nettement moins en période normale. Dans ce contexte, le gouvernement a instauré le 1er janvier 2009 une loi de modernisation de l’économie (LME), qui permet aux commerçants de mettre en place davantage de promotions, et des soldes flottants, quand ils le souhaitent, pour une durée maximale de deux semaines. L’objectif : relancer la consommation en temps de crise. Car depuis 2008, l’habillement est le secteur « le plus touché par la crise », selon Pascale Hébel, directrice du département consommation du Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Credoc) : « les achats d’habillement baissent de 4% tous les ans depuis 2008. ».
Soldes sans fins de stocks
Ces soldes flottants ont été bien accueillis par les Français: 71% s’y déclarent favorables. Mais 80% des commerçants aimeraient les voir disparaître. Les vendeurs indépendants y sont particulièrement hostiles, alors que la grande distribution est plus partagée. Certains professionnels de l’habillement critiquent ce plébiscite des ventes au rabais, et estiment que le client a désormais l’impression de « se faire avoir », s’il n’achète pas en soldes. « Nous ne pouvons pas faire des soldes en permanence, cela nous fait perdre trop de marges», opine Charles Melcer, président de la fédération nationale de l’habillement (FNH), qui représente les commerçants indépendants.
« La multiplication des soldes annihile l’effet soldes, cela brouille les repères du consommateur », estime Pascale Hébel. Le gouvernement a pourtant annoncé le 6 décembre dernier le maintien des soldes flottants pour l’année 2011, en s’appuyant sur le rapport du Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Credoc), et de l’Institut français de la mode (IFM). « Cela laisse le choix aux commerçants de pratiquer ces soldes supplémentaires, ou pas », commente Pascale Hébel, qui a co-rédigé ce rapport. « Dès que la crise sera finie, la part des soldes et des promotions baissera », ajoute t-elle. En 2010, moins de 50% de l’ensemble des acteurs de la distribution d’habillement ont effectué des soldes flottants. Pour une augmentation globale infime du chiffre d’affaires, de 0,2% en un an et demi.
En attendant, ces rabais à gogo attisent des suspicions chez les professionnels. « Certains grands distributeurs mettent en vente des articles en soldes alors qu’ils n’étaient pas en rayon jusque là. Certains modèles soldés sont disponibles dans toutes les tailles, alors que seules les fins de stocks devraient rester ! C’est un peu gros ! », dénonce un responsable de la fédération nationale de l’habillement (FNH). Cette pratique est pourtant illégale. Mais désormais, les soldes font loi dans les rayons. Parfois aux dépens des commerçants.
*Chiffres extraits du rapport sur les « soldes flottants » du Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Credoc), et de l’Institut français de la mode (IFM), datant de novembre 2010